Accompagner un proche en perte d’autonomie (handicapé ou dépendant) peut avoir de lourdes conséquences sur la santé. Trouble du sommeil, fatigue, anxiété, douleurs articulaires, troubles musculo-squelettiques… la santé des aidants est mise à mal.  Sans oublier qu’un aidant sur deux déclare souffrir de stress et de surmenage. Plus inquiétant encore : un tiers des proches aidants meurent avant leur proche malade.

Dans ce contexte, la santé sera la thématique de la prochaine édition de la Journée nationale des aidants, le 6 octobre. La place des 11 millions d’aidants - dont 5 millions auprès d’une personne âgée dépendante - fera partie des thèmes de la grande concertation nationale sur la prise en charge des personnes âgées dépendantes qui débute en octobre.  Par ailleurs, la ministre des Solidarités et de la Santé a inscrit dans sa feuille de route « Grand âge et autonomie », présentée en mai dernier, un plan national pour les aidants.

Avec le vieillissement de la population, l’explosion des maladies chroniques, le développement de la prise en charge en ambulatoire et de l’hospitalisation à domicile, le rôle des proches aidants sera de plus en plus important. D’où l’urgence de prendre en compte leur rôle, leur épuisement, leur droit au répit.

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Damien Cacaret - Docteur en pharmacie et fondateur du réseau Domidom

28 septembre 2018
Avis d'expert

"Au-delà de 7 heures passées assis dans la journée, le risque est important pour la santé."

"Au-delà de 7 heures passées assis dans la journée, le risque est important pour la santé."
  • Professeur François Carré, fondateur de l'Observatoire de la sédentarité.
    " La nourriture du cerveau, c’est l’activité physique ! "

     

La sédentarité tue davantage que le tabac. Pour vivre plus et mieux, il faut bouger plus.  Etat des lieux avec François Carré, cardiologue et médecin du sport, professeur en physiologie cardio-vasculaire à l’université de Rennes 1.

 

 

 

 

 


Homo sapiens tend à devenir homo sedentarius. Quels sont les risques ?

 

Pr François Carré. Durant des milliers d’années, nos ancêtres, chasseurs-cueilleurs parcouraient plus de 15 kilomètres par jour. Du matin au soir, ils devaient marcher, courir, nager, chasser. Le corps s’est adapté à ces besoins physiques. Le squelette, les muscles, les tendons, les articulations et ligaments sont tous conçus pour être utilisés chaque jour.  Aujourd’hui, nous ne parcourons plus que 2,4 kilomètres en moyenne. L’espérance de vie sans incapacités recule en France. La sédentarité favorise le développement de nombreuses maladies chroniques telles que l'hypertension artérielle, les maladies cardio-vasculaires, le diabète, le cholestérol trop élevé, l'obésité, avec toutes les complications que cela implique. Certes, on vit plus longtemps en France mais pas forcément en bonne santé. Si nous ne changeons pas notre mode de vie, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous vivrons moins vieux que nos parents.

 

Rester assis trop longtemps dans la journée est mauvais pour la santé. Pourquoi ?

 

Pr. F.C. Au-delà de 7 heures passées assis dans la journée, le risque est important pour la santé.  En 70 ans, on est passé de la position debout à la position assise et le corps humain n’a pas pu s’adapter. Pour évaluer votre sédentarité, il est important également de compter le nombre d’heures que vous passez devant votre télévision. En France, la moyenne est de 3 h 50, par personne et par jour, devant la télévision. Or, selon une étude parue en 2014, une personne regardant la télévision au moins 3 heures par jour double son risque de décès par rapport à une autre qui ne reste assise qu’une heure devant l’écran.
Il faut également tenir compte d’un autre critère : le temps passé assis sans se lever du tout. Il est primordial de se lever au-moins deux minutes toutes les deux heures pour réduire les risques de pression artérielle, cardiaque ou le cholestérol. Avec le fait de rester assis trop longtemps, les vaisseaux sanguins perdent leur capacité à se dilater. Concrètement, une personne qui effectue une heure de sport par jour mais qui  reste assise pendant environ 10 heures durant la journée perd presque 80 % des bénéfices acquis pour sa santé. L’être humain n’est pas fait pour rester assis.


Quel est le lien entre la sédentarité et le risque de développer la maladie d’Alzheimer ?

 

Pr. F.C. La nourriture du cerveau, c’est l’activité physique ! Elle va permettre une meilleure circulation sanguine. Si le sang circule mieux, les neurones sont mieux irriguer et on favorise la connexion de neurones à neurones. L’activité physique booste le moral, améliore les relations sociales, régule le sommeil, préserve la mémoire.

 

Quel que soit l’âge auquel on commence, l’activité physique peut-elle porter ses fruits pour prévenir la perte d’autonomie ?

 

Pr. F.C. Après 65 ans, il est nécessaire d’avoir une activité physique d’au moins une heure par jour. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’effectuer 10 000 pas par jour. A priori, chacun est en mesure de penser qu’il les effectue chaque jour. Mais il suffit de s’équiper d’un podomètre pour se rendre compte que c’est rarement le cas. A partir de 45/55 ans, il y a une fonte musculaire qui augmente le risque de chute. L'activité physique va contribuer à freiner cette perte de masse musculaire. Il n’y a pas de pathologie qui interdise de marcher. Le message à faire passer aux personnes âgées même dépendantes est « Marchez, avec l’aide d’une canne, d’un déambulateur mais marchez ! ». Pour lutter contre l’arthrose, l’ostéoporose, le mal au dos, il est indispensable de marcher. Certes au départ, il y a la douleur liée au mouvement mais il faut dépasser ce cap. Marcher 10 minutes, quatre fois par jour, suffit pour gagner en espérance de vie.

 

Le Pr François Carré a publié " Danger sédentarité. Vivre en bougeant plus" aux Editions du Cherche Midi.