Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, a présenté le 30 mai sa feuille de route pour les personnes âgées. L’objectif est double : améliorer dans l’immédiat la qualité de vie des personnes âgées; anticiper et faire face au défi de la perte d’autonomie.

Le gouvernement s’engage notamment à déployer un « plan global d’aide aux aidants » qui devrait comprendre les mesures suivantes : la mise à disposition d’une information exhaustive sur les dispositifs existants; le développement de solutions de répit adaptées aux besoins des aidants, y compris à domicile; le développement de l’accueil de jour et de l’hébergement temporaire pour les personnes âgées; l’amélioration des conditions de l’articulation entre vie professionnelle et soutien aux personnes âgées. 

La ministre a également annoncé le lancement, dans les prochaines semaines, d’un débat public et citoyen sur le modèle et le financement de la perte d’autonomie à l'horizon 2025-2030.
Une consultation citoyenne sera organisée aux niveaux national et territorial et permettra à chacun de s’exprimer et de contribuer.

Aujourd’hui, la France compte 1,5 million de personnes de 85 ans et plus. A l’horizon 2050, elles seront 4,8 millions. L’accompagnement des personnes âgées en perte d’autonomie est donc l’affaire de tous !

Avec ses 80 agences en France, ses intervenants qualifiés et diplômés, DOMIDOM est l’acteur référent de l’accompagnement et de la prise en charge des seniors à domicile.
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Damien Cacaret - Docteur en pharmacie et fondateur du réseau Domidom

08 juin 2018
Avis d'expert

"Ces médicaments sont considérés par la Haute Autorité de Santé comme étant néfastes"

"Ces médicaments sont considérés par la Haute Autorité de Santé comme étant néfastes"
  • Fin du remboursement des médicaments anti-Alzheimer au 1er août 2018

 

Agnès Buzyn, la ministre des Solidarités et de la Santé, a annoncé le déremboursement de 4 médicaments contre la maladie d'Alzheimer. Cette décision sera effective à partir du 1er août 2018. Explications.

 

 

Pour quelles raisons la ministre a décidé de dérembourser les médicaments anti-Alzheimer ?

 

En octobre 2016, la Haute autorité de santé (HAS) s'est clairement prononcée pour le déremboursement des médicaments contre la maladie d'Alzheimer. Elle considère « que l'intérêt médical de ces médicaments est insuffisant pour justifier leur prise en charge par la solidarité nationale. » «Ce n'est pas pour des raisons budgétaires, a assuré la ministre de la Santé. Ces médicaments sont considérés par la Haute Autorité de santé comme étant néfastes et entraînant beaucoup d'effets secondaires, dont des fractures et des chutes.", a assuré la ministre de la Santé, le 1er juin, à Europe 1. Tout l'argent économisé sera réorienté vers l'accompagnement des personnes atteintes de maladie d'Alzheimer, soit pour les centres mémoire, soit pour le secteur médico-social qui les prend en charge. Il n'y aura aucune économie faite sur le dos des malades », a-t-elle ajouté.

 

 Quels sont les médicaments concernés ?

 

Les médicaments concernés sont les suivants : Aricept®, Reminyl®, Exelon® et Ebixa®, et leurs génériques. Ces médicaments étaient jusque-là remboursés à hauteur de 15% par l' Assurance maladie, ce qui lui a coûté environ 90 millions d'euros en 2015.

 

Pourquoi cette décision de dérembourser est jugé infondée par les associations ?

 

L'association France Alzheimer et maladies apparentées considère cette décision » infondée et dangereuse". « Cette décision, c'est aussi remettre en cause le travail des professionnels de santé, des neurologues, des médecins qui, depuis plusieurs années, prescrivaient ces médicaments à leurs patients, conscients des bienfaits sur ces derniers. Ils ne prescrivaient pas ces médicaments pour faire plaisir ou à titre compassionnel, voire pour éviter le désespoir du patient. Sachant que certains médicaments ont d'éventuels effets secondaires, jamais un médecin ne prendrait le risque de les prescrire sans être certains qu'il y a un bénéfice attendu, même modeste », explique Joël Jaouen, président de France Alzheimer et maladies apparentée

 

La Fondation Vaincre Alzheimer juge elle-aussi infondé le déremboursement de ces traitements.

"Face à une telle décision, la fondation, en tant qu'acteur majeur de la recherche sur la maladie d'Alzheimer en France, se voit dans l'obligation de rappeler les faits scientifiques relatifs aux médicaments symptomatiques de la maladie d'Alzheimer. Ces constatations démontrent en effet que la décision du déremboursement s'appuie sur des arguments biaisés", explique-t-elle, dans un communiqué.  Voici son argumentaire :

 

1- Les médicaments symptomatiques de la maladie d'Alzheimer : de quoi s'agit-il ?

 

Ces médicaments ont pour cible de favoriser la transmission entre les neurones, grâce au neurotransmetteur « acétylcholine ». En effet, plusieurs études scientifiques ont démontré que le taux d'acétylcholine dans le cerveau des malades d'Alzheimer diminuait fortement. L'objectif de ces médicaments est de faciliter la communication entre les neurones. Cette amélioration a donc un effet sur les symptômes de la maladie d'Alzheimer. Mais ces médicaments ne permettent pas de guérir la maladie.

 

2- L'efficacité de ces traitements a été démontrée dans de multiples études scientifiques

 

De nombreuses études scientifiques prouvent l'efficacité de ces médicaments sur la cognition, les activités de la vie quotidienne et le comportement (agressivité, apathie). Leur efficacité est certes modeste, mais elle est significative. Récemment, cette efficacité a été confirmée sur du long terme par une étude académique DOMINO* qui n'impliquait aucun laboratoire pharmaceutique. Cette étude a montré que les patients traités évoluaient moins rapidement que les patients non traités. Les scientifiques ont également montré que l'arrêt du donépézil augmentait le risque d'institutionnalisation des malades dans les 12 premiers mois. Cette récente étude n'a pas été prise en compte dans le rapport de la commission de transparence de la HAS.

 

3- Une prétendue dangerosité, non avérée

 

Comme tous les traitements actifs, les traitements symptomatiques de la maladie d'Alzheimer peuvent avoir des effets secondaires. Mais ces effets secondaires peuvent être anticipés et prévenus: il est indispensable de vérifier l'absence de contre-indications et d'interaction avec les autres traitements avant de les prescrire. C'est le travail quotidien des spécialistes que de le faire, avec le médecin traitant. Si le rapport bénéfice-risque est défavorable, le traitement est simplement interrompu ou évité.

 

4- Le guide parcours de soins de la HAS n'est pas une alternative aux médicaments symptomatiques

 

Le 25 mai dernier, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié un guide pour le diagnostic et le parcours de soins de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées. Les thérapies non médicamenteuses et la prise en charge médico-sociale sont essentielles au parcours de soin. Il ne s'agit toutefois pas d'une alternative aux traitements médicamenteux, mais d'un traitement complémentaire.

 

 

Dans un éditorial publié le 8 juin, Olivier de Ladoucette, Président de la Fondation pour la Recherche sur Alzheimer regrette cette décision du ministère de la Santé :

 

"Le déremboursement des médicaments anti-Alzheimer est une annonce difficile à vivre pour les patients, leurs proches et les professionnels soignants en général. En cause ? Leur relative inefficacité et leurs effets secondaires. Certes, ils ne peuvent guérir la maladie d’Alzheimer, mais rappelons qu’avec ces médicaments, certains patients bénéficient d’un mieux-être et d’un mieux vivre qui préserve un certain temps leurs facultés cognitives, dès lors que les effets secondaires sont maîtrisés"